C’est cette vision très «soft» qui a la cote aujourd’hui. Depuis une dizaine d’années, l’intérêt pour la discipline s’est largement démocratisé et la demande a explosé. En quinze ans, la Fédération française d’apnée (FFESSM) a vu son nombre de licenciés grimper de 5 000 à 30 000. «On ne parvient plus à suivre, ça bouchonne dans les clubs !, constate Olivia Fricker, présidente adjointe de la Fédération, également monitrice. Aujourd’hui la demande est trop forte. On a dû refuser 30 personnes dans mon club cette année, et c’est partout pareil sur le territoire. Pour une place qui se libère, on a dix postulants.» Parmi ces 30 000 licenciés, «90% pratiquent pour le bien-être et non pour la compétition. Il y a dix ans, c’était l’inverse», ajoute-t-elle.

Bien-être et relâchement

Les profils varient en âge (les licenciés ont majoritairement entre 35 et 60 ans), en catégorie sociale, on trouve autant d’hommes que de femmes. Mais globalement, «ils s’inscrivent tous dans une recherche de développement personnel et de bien-être qui est assez tendance aujourd’hui. Ça explique l’essor de la discipline», observe Olivia Fricker. La médiatisation croissante de ses athlètes n’y est pas non plus pour rien. «Des sportifs de très haut niveau comme Guillaume Néry, Alice Modolo ou Arnaud Gérard renvoient une image magnifique de l’apnée. Ils fascinent par leurs exploits et défendent des causes, comme l’environnement, qui parlent aux gens de notre temps», ajoute-t-elle. D’autant plus que la pratique n’est pas très coûteuse : un masque, une paire de palmes, une cotisation dans un club à 110 euros l’année en moyenne.

La majorité des licenciés pratiquent en ville, dans des piscines. Sur le littoral, où les piscines manquent, les structures s’orientent vers la mer. «Au début, il n’y avait qu’un gros club en Guadeloupe et un ou deux en métropole sur la côte méditerranéenne. Aujourd’hui, chaque département dispose de son club, les licenciés peuvent pratiquer partout en France», indique la présidente adjointe de la Fédération. Ailleurs, les écoles d’apnée poussent comme des champignons, en Egypte, aux Philippines, au Mexique…

Parmi les disciplines de l'apnée, la «dynamique» : on parcourt la plus longue distance sous l’eau, à l’horizontale.
Parmi les disciplines de l’apnée, la «dynamique» : on parcourt la plus longue distance sous l’eau, à l’horizontale. © FFESSM – Unlimited Prod

Dans les bassins, l’apnée se résume en trois grandes disciplines pratiquées en piscine ou en milieu naturel, en bipalme, en monopalme ou sans palmes. La «statique» : on reste à la surface de l’eau avec la tête immergée, et on tient le plus longtemps possible sans respirer. La «dynamique» : on parcourt la plus longue distance sous l’eau, à l’horizontale. Enfin le «sprint», où on cherche à aller le plus vite possible sur une distance ponctuée de remontées furtives en surface pour respirer. Les plus fous pratiquent l’apnée «no limit», en descendant en profondeur à l’aide d’une gueuse qui les leste vers le fond et les remonte grâce à un parachute. Cette discipline, qui permet d’atteindre des records de profondeur, nécessite un dispositif de sécurité important et n’est pas accessible au premier venu.

Sortir la tête de l’eau

Mais nul besoin d’atteindre ces profondeurs pour connaître l’ivresse de l’apnée. «En statique, on travaille le relâchement, on se concentre sur les sensations, alors qu’en dynamique, c’est plutôt un travail de gestion de l’effort et de l’énergie, beaucoup plus centré sur la glisse et l’économie de mouvement», souligne Olivier Fricker de la FFESSM. Comme pour le yoga, le souffle est au cœur de la pratique de l’apnée : retenir sa respiration à intervalles réguliers permet non seulement d’augmenter ses capacités respiratoires, mais aussi de lutter efficacement contre le stress et l’anxiété. Car lorsqu’il plonge la tête sous l’eau, l’homme, qui conserve des réflexes de mammifère marin, voit son rythme cardiaque ralentir. Le sang est alors redirigé vers les organes vitaux et le cerveau envoie un signal au diaphragme pour qu’il réenclenche la respiration. «Tout l’enjeu des entraînements en apnée est de décaler ce moment dans le temps», explique Libertée. Pour cela, l’apnée invite à écouter son corps et à lâcher prise. Cesser de respirer pour pouvoir enfin souffler.

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